Fitou la plus ancienne appellation du Languedoc.

A la limite du département de l’Aude, avant d’entrer dans les Pyrénées-Orientales, le village de Fitou occupe une combe entre deux collines et s’étire en forme de « Y » vers l’étang de Leucate. Le village est situé à proximité de la voie communication qui, depuis l’Antiquité, allait de l’actuelle Italie à l’actuelle Espagne. Dès l’origine, elle a permis des échanges commerciaux, militaires et administratifs considérables. C’est la partie nord du territoire communal qui a livré l’essentiel des vestiges à mettre en relation avec le passage de cet axe dit « Via Domitia », dont le tracé était à approximativement celui de l’autoroute, mais qui, au niveau de Fitou, se divisait en deux voies parallèles, l’une de plaine ( autoroute) et l’autre de colline au lieu-dit « le Pla ». L’ensemble de ces témoins archéologiques rendrait compte d’une occupation du lieu du 1er au 3éme siècle. Enfin, une borne milliaire a été mise à jour sur le « Pla » à 2 km à l’ouest du village.
Le nom de « Fitou » viendrait d’un terme latin « Fita » (la limite, la borne), certainement de par sa position frontalière.
La première mention textuelle de Fitou remonte à l’an 990, date à laquelle le village est évoqué dans le deuxième testament d’Adélaïde, vicomtesse de Narbonne. En 1271, est évoqué le « castrum » (lieu fortifié) de Fitou dans le dénombrement d’Aymeric, Vicomte de Narbonne et de son frère, Almaric.
Ils reconnaissent tenir du roi, en fief et haute justice, le lieu de Fitou. Il semble, d’ailleurs, qu’à partir de cette date ce soit Almaric 1er de Perpignan, frère cadet d’Aymeric, qui ait eu autorité sur Fitou. En 1372, Noble Aymeric de Narbonne, héritier des précédents, déclare tenir du roi en toute juridiction, le lieu de Fitou où il a un vassal.
Les seigneurs de Fitou étaient des vassaux de la famille de Pérignan qui possédait la plénitude des droits seigneuriaux sur Fitou et sa région et y exerçait la basse, moyenne et haute justice.
La famille d’Aragon, a été confirmée dans sa noblesse par jugement souverain en 1674, Amauri de Pérignan devint notamment seigneur de Fitou.
En 1635, Richelieu déclare la guerre à l’Espagne et, deux ans après, les Espagnols s’emparent des Cabanes, du village et du château.
En 1639, Fitou et son château sont repris encore une fois par les Espagnols. La paix définitive ne sera instaurée qu’en 1659 avec le Traité de Pyrénées.
Au cours du 19e siècle, on assistera à une mutation de l’agriculture fitounaise et à un recul de la culture des céréales et des oliviers, déjà mise à mal par des hivers rigoureux, au profit de la vigne particulièrement bien adaptée aux sols ingrats et au climat de la commune.
L’élevage caprin et ovin est prospère comme en témoignent toutes les  bergeries appelées aussi « courtals ».
Une petite industrie se développe à la  même époque dans les « plâtrières », nom donné aux carrières d’où l’on extrayait la pierre à plâtre, dite le gypse. Ce dernier était amené à dos de mulets aux fours à chaux des « Cabanes » de Fitou.
En 1868, trois fours à chaux et un moulin à plâtre fonctionnaient aux Cabanes et, en 1881, au lieu dit « La Madeleine » est construite « l’usine à chaux », afin d’utiliser la proximité du chemin de fer. Elle sera pourtant fermée en 1951, entraînant une régression importante du trafic ferroviaire, et plus tard la fermeture de la gare.
En 1933, à l’initiative d’un groupe de propriétaires, la commune de Fitou se  dote d’une « Société Coopérative de Vinification et de Mistelles ».
Un décret de 1948 établit officiellement la naissance de l’Appellation d’Origine Contrôlée (A.O.C) FITOU.

 

LE VILLAGE

L’habitat s’est primitivement installé sur la partie la plus élevée du village autour du château.
La famille d’Aragon occupera le château jusqu’à la Révolution, avant de se retirer à Narbonne.
Le château possédait une chapelle, dédiée à Saint-Roch et un presbytère situé à proximité.
Inoccupé, ce château se dégrada rapidement. En 1807, un état des lieux concluait à sa démolition. En 1843, un incendie précipita sa destruction.
Des photos du siècle dernier montrent très peu de vestiges : quelques bases de murs et un pan de mur un peu élevé sur la partie sommitale.
Ces ruines sont protégées au titre des Monuments Historiques depuis 1948.
Depuis 1974, cet espace a été totalement réinvesti, des travaux très importants y ont été effectués et le château abrite aujourd’hui une exposition permanente (propriété privé).
Au 19e siècle notamment, le village abandonnera cette zone d’habitat autour du château et s’installera de part et d’autre des actuelles rues Gilbert Salamo et du Pla. Côté impair de l’avenue de la Mairie, quelques maisons d’habitations portent le nom de « Faubourg » confirmant leur récente installation.
La deuxième moitié du 19e siècle sera marquée par la mise en place d’un habitat viticole avec de nombreux chais, comme en témoignent les dates gravées sur les linteaux des maisons. La mairie-école fut construite en 1883 et le village, depuis lors, n’a cessé de se développer.

 

L’EGLISE PAROISSIALE SAINT-JULIEN/SAINTE-BASILISSE

 

L’Eglise de Fitou est mentionnée dès 1065. L’élément le plus signifiant est l’abside semi-circulaire, voûtée en cul-de-four et éclairée par une fenêtre en plein cintre.
Cette partie primitive fut doublée latéralement par une seconde nef (XVIIe ou XVIIIe siècle) séparée de la première par un grand arc.
Sur le mur latéral de cette seconde abside, s’ouvre le portail  constitué de claveaux rayonnants, relevant de la même architecture que la nef initiale.

 

 

 

LA CHAPELLE SAINT-JOSEPH

A proximité immédiate du site du château, se trouve une chapelle construite au cours du 19e siècle. Elle remplace un lieu de culte évoqué dans le Compoix de 1777 sous le nom de « chapelle Saint-Roch, dans le fort ».
Elle fût vendue en 1792 en  tant que Bien National.
L’actuelle chapelle, dédiée à Saint-Joseph, est désaffectée. Elle a été agrandie successivement par d’adjonction d’une abside de plan carré, d’une sacristie et enfin, au 20e siècle sans doute d’un clocher crénelé.
Donnée à la Commune vers 1996, elle fait aujourd’hui office de lieu d’expositions temporaires et d’animations culturelles.
On peut signaler que l’ensemble du territoire communal est ponctué de nombreux  sites rendant compte d’une tradition culturelle. Ainsi, à la sortie nord des « Cabanes de Fitou » (au bord de la départementale), se trouvait une chapelle aujourd’hui disparue et  placée sous le vocable de Sainte-Madeleine.
Au 17e siècle, les actes faisaient état d’une chapelle rurale au lieu-dit « La Ferme Abelanet », ancien relais de poste (au bord de la départementale, aujourd’hui emplacement d’un restaurant), la chapelle Saint Loup qui est encore visible de nos jours. Dans le village (rue de l’Eglise), une autre chapelle désaffecté et transformée en cave de vinification : la chapelle Sainte-Catherine.
La mémoire collective n’a guère gardé de souvenir de ces édifices là.

 

 

LE TELEGRAPHE CHAPPE

Les restes de deux relais du Télégraphe Chappe se trouvent sur le territoire communal.
L’un,  au nord du village, au lieu dit « La Joncasse » que l’on peut encore apercevoir sous la forme d’une tour carrée, posé sur un mamelon, l’autre au sud à la limite communale de Fitou et de Salses, dont il ne reste que quelques vestiges.
Le télégraphe Chappe est un système de communication par signaux optiques qui fut mis au point par les frères Chappe. La première ligne fut inaugurée le 17 août 1794.
Ce dernier sera supplanté par le télégraphe  électrique de Morse.
La dernière ligne mise en service en France est celle de Narbonne-Perpignan, comprenant 7 stations qui fonctionnèrent  de 1834 à1853.
En raison de la force du vent dans la région, des innovations technologiques importants ont été réalisées  et font la particularité de cette ligne.
Fitou est l’une des rares communes, par sa configuration topologique, à détenir deux lieux d’implantation du télégraphe.

 

LE PHARE AERONAUTIQUE

Situé au sud-est du village au lieu-dit « Les Courtiels », ce phare de jalonnement a été érigé en 1927 pour repérer de nuit la route des avions de l’Aéropostale.
Il fut d’abord activé manuellement par un habitant du village. Puis il fut équipé de tubes au néon illuminés par une décharge électrique rouge orangé pour mieux percer la brume. Son éclat était interrompu régulièrement pour émettre une lettre en morse. Il s’agit de l’un des premiers installés (balisage nocturne) sur la ligne qui conduira les avions de nuit de Toulouse à Dakar en passant par Casablanca afin de gagner de précieuses heures.
Des pilotes célèbres tels que Saint-Exupéry, Mermoz ou Guillaumet suivront tous les jours le Canal du Midi vers Narbonne pour longer ensuite la côte vers Perpignan, l’Espagne puis l’Afrique.
En effet, pour guider les avions de nuit, la Compagnie Générale Aéropostale implanta une ligne de phares qui permettaient d’acheminer le courrier en 24 heures.

 

LES CAPITELLES

La circulation des hommes et des troupeaux entre l’Hispanie et la Narbonnaise, puis entre la Septimanie et le Languedoc, a connu des fluctuations qui ont marqué le paysage et orientées l’occupation de l’espace fitounais de façon souvent irréversible (garrigue).
Les capitelles matérialiseraient essentiellement des abris agro-pastoraux. Elles sont extrêmement nombreuses sur l’ensemble de la commune.
Plus de 200 ont été recensées par les membres de l’association « La Chaleur des Pierres ».
Certaines ont été restaurées mais on s’interroge toujours sur la fonction de ce patrimoine vernaculaire.
Parfois, elles sont entourées d’un enclos de murs de pierres sèches. Fitou aurait été, en tant que zone frontière entre la France et l’Aragon, un lieu de dénombrement des troupeaux lors des transhumances entre les riches abbayes de Fontfroide et de Lagrasse (France) et celle de Saint-Michel de Cuxa (Catalogne).